LOUXOR, Égypte — Faire une croisière en Égypte, c’est bien. Mais faire une croisière en Égypte à bord du navire où Agatha Christie a trouvé l’inspiration pour son roman Mort sur le Nil, c’est encore mieux. Surtout quand le navire en question a conservé son allure — et son chic — des années 1920, et qu’il nous emmène voir les plus belles merveilles qui émaillent les rivages du Nil.
Dans le souk d’Assouan, à quelques pas du plus grand fleuve d’Afrique, les paniers débordent d’épices, de dattes et de fleurs d’hibiscus. Les hommes fument la chicha dans les cafés, les femmes et les enfants finalisent les achats pour la rentrée scolaire et quelques rares touristes se fraient un chemin dans la foule en reluquant les chemises de coton et les petits sphinx en toc. Quelques coins de rue plus loin, le SS Sudan accueille un groupe de passagers fraîchement débarqués de France, des États-Unis, du Québec et d’ailleurs pour une croisière de six jours en Haute-Égypte, entre les villes d’Assouan et de Louxor.
Le départ est prévu le lendemain matin, mais sur les ponts impeccablement cirés du navire, on est déjà à mille lieues de l’agitation du marché, et le voyage dans le temps a déjà commencé.
« Quand on parle du SS Sudan, on parle d’un bateau très ancien, le plus ancien bateau sur le Nil, nous explique le directeur de bord, Amir Attia. On parle de bateau unique aussi, parce que c’est le seul qui navigue encore à la vapeur de nos jours. »
Conçu et construit par la compagnie de Thomas Cook, le SS Sudan a commencé à voguer sur le Nil après la Première Guerre mondiale, vers 1920. « Ce bateau a été construit spécialement pour la famille royale égyptienne, pour le roi Fouad, qui a été souverain d’Égypte de 1917 à 1936 », précise Amir. Véritable palais flottant, le Steam Ship Sudan a accueilli différents membres de la famille royale, mais aussi plusieurs de leurs invités de marque, dont la célèbre romancière anglaise Agatha Christie, en 1934.
Au cours du voyage, les visites – accompagnées par un guide francophone passionné de hiéroglyphes – sont entrecoupées de moments de navigation. Le SS Sudan prend tout son temps ; il effectue en cinq jours un trajet qui ne prendrait que quelques heures en voiture.
Les passagers ont amplement l’occasion de profiter de la brise du désert, de la cuisine d’inspiration égyptienne servie à bord et des paysages qui défilent de chaque côté du Nil, particulièrement au coucher du soleil, quand la lumière dorée éclaire les dunes, les felouques, les dattiers ou les minarets des mosquées.